Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France condamne avec la plus grande fermeté les poursuites pénales engagées par les autorités arméniennes contre Sa Sainteté Garéguine II, Catholicos de tous les Arméniens, ainsi que contre plusieurs hauts dignitaires de l'Église apostolique arménienne.
Cette décision constitue un précédent d'une gravité exceptionnelle. Jamais, dans l'histoire de la République d'Arménie indépendante, le chef de l'Église apostolique arménienne n'avait fait l'objet de poursuites judiciaires engagées par le pouvoir exécutif. Plus encore, même durant les décennies de domination soviétique, alors que l'Église fut privée de ses biens, placée sous surveillance permanente et soumise à d'incessantes persécutions, les autorités n'étaient pas allées jusqu'à mettre en accusation le Catholicos de tous les Arméniens.
Au-delà de sa portée symbolique, cette procédure soulève une question fondamentale de droit.
La Constitution de la République d'Arménie reconnaît explicitement la mission exceptionnelle de l'Église apostolique arménienne dans la vie spirituelle, culturelle et nationale du peuple arménien. Elle garantit également la séparation de l'État et de l'Église, tout en consacrant l'autonomie de cette dernière dans son organisation et son fonctionnement. Les modalités de nomination, de révocation ou de discipline des évêques relèvent du seul droit canonique et des instances ecclésiastiques compétentes, non du pouvoir politique.
En prétendant judiciariser une décision relevant exclusivement de la gouvernance interne de l'Église, le gouvernement arménien franchit une ligne rouge. Il porte atteinte à un principe constitutionnel essentiel, brouille la séparation des pouvoirs, remet en cause la liberté religieuse et crée un précédent dangereux pour l'ensemble des institutions indépendantes du pays.
Le CCAF rappelle que l'Église apostolique arménienne n'est pas une institution comme une autre. Première Église nationale de l'histoire chrétienne, elle constitue depuis plus de dix-sept siècles l'un des fondements de l'identité arménienne. Elle a permis au peuple arménien de survivre aux invasions, au génocide, à l'exil et aux persécutions. S'attaquer à son indépendance revient à fragiliser l'un des derniers piliers de la cohésion nationale.
Le CCAF demande le retrait immédiat de ces poursuites, qu'il considère comme contraires à la Constitution de la République d'Arménie, au principe de séparation de l'État et de l'Église, au droit canonique de l'Église apostolique arménienne ainsi qu'aux engagements internationaux de l'Arménie en matière de liberté de religion et de liberté de conscience.
Le CCAF appelle les institutions européennes, le Conseil de l'Europe, les organisations de défense des droits de l'homme ainsi que l'ensemble des partenaires démocratiques de l'Arménie à mesurer l'extrême gravité de cette dérive. On ne peut prétendre défendre l'État de droit tout en poursuivant pénalement le chef d'une Église dont l'autonomie est protégée par la Constitution elle-même.
À l'heure où l'Arménie demeure confrontée à des menaces existentielles et où les dirigeants de l'Artsakh restent détenus arbitrairement dans les prisons de Bakou, ouvrir un front contre l'Église nationale constitue une faute politique majeure et un facteur supplémentaire de division nationale.
Le CCAF réaffirme son soutien total à Sa Sainteté Garéguine II, à l'ensemble de l'épiscopat et aux fidèles de l'Église apostolique arménienne, gardienne de l'identité, de la mémoire et de la continuité de la nation arménienne.